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Le foot espagnol fut encensé, glorifié, exalté en 2008 et 2010. Mais 2012 marque une rupture. L'Espagne ennuie mais gagne toujours. L'usure du temps ou une réelle stratégie ?

L’Espagne refuse-t-elle le jeu ?

La sélection espagnole, ce n’est plus ce que c’était. Le jeu, autrefois créatif, tourne désormais en rond. L’Espagne garde la balle à ne plus savoir qu’en faire. La possession se fait donc stérile. Bref, voir jouer la Roja rime avec ennui. Voilà, résumé en quelques lignes les critiques adressées, finale exceptée, à la sélection espagnole durant cet euro 2012. La faute à qui ?

Les adversaires sont les premiers à être pointés du doigt. La concurrence s’est faite taper sur les doigts pour des tactiques jugées trop défensives au goût des spectateurs et des observateurs, une tendance, réelle ou non (à vous de juger), à essayer de truquer le jeu voire même d’abuser d’actes d’antijeu. Rien de nouveau, quand le Barça est éliminé par Chelsea ou l’Inter, c’est le même refrain. Alors, quoi ? Il faudrait laisser le foot espagnol gagner sous prétexte qu’il représente le « beau » football ? Une beauté qui, soit dit en passant, est purement subjective. Pourquoi n’aurais-je pas le droit de préférer un foot plus direct, moins construit mais plus rythmé (le match Italie/Angleterre ou Italie/Allemagne) ? De plus, et c’est maintenant que ça devient intéressant, qui me dit que ce n’est pas l’Espagne qui refuse le jeu ?

Les joueurs ibériques sont sans concurrence lorsqu’il s’agit de garder le ballon. La possession : plus qu’une spécialité, une identité. Impossible pour l’Espagne de jouer autrement, ce serait comme demander à quelqu’un de changer de nom. Xavi nous éclaire sur le sujet : « Ne jamais perdre le ballon c’est mon obsession. Le conserver, le conserver, tous les jours, pendant des années on nous a répété ça ». L’Espagne s’accapare la balle et ne la rend jamais. Peu importe l’adversaire, que les occasions suivent ou non, l’Espagne déroule sa partition, fait des passes, des petites passes, toujours des petites passes.

Si je résume, dans mon esprit, c’est l’Espagne qui refuse le jeu, pas son adversaire. L’Espagne s’est créée un monde où elle gagne sans que l’adversaire ne puisse jouer. La Roja joue toute seule. Elle fait son match dans son coin. C’est une représentation dans laquelle le rival n’a pas son mot à dire. Ce dernier est réduit à défendre comme au handball, arc-bouté devant son but avec, le plus souvent, un seul joueur (le fameux numéro 9) essayant d’enrayer l’action un peu plus haut que le reste de son équipe. L’adversaire ne joue pas au foot, non pas qui ne le veuille pas mais parce que l’Espagne l’empêche de jouer. Bien sûr, que les sélectionneurs aimeraient proposer autre chose mais le foot espagnol a amené la maitrise collective dans un univers encore jamais visité et vous force à reculer.

L’Espagne gagne en détruisant le jeu. Au fil des minutes le jeu adverse et par la même occasion son pouvoir de nuisance, rongés par la fatigue, deviennent de plus en plus pauvres. C’est mathématique : à force de courir derrière un ballon que vous n’attrapez pas, vous vous épuisez, perdez en lucidité et vos gestes se font moins précis. En somme, l’Espagne est une machine éreintante. Et quand, de surcroit, vous avez un joueur comme Busquets sur le dos, inévitablement les erreurs arrivent.

L’Espagne a donc trouvé le moyen de jouer sur ses forces sans que l’adversaire soit en capacité d’exprimer les siennes. Et finalement, faire en sorte que l’adversaire ne puisse pas manifester ses forces, c’est faire déjouer l’adversaire. Or, quand Chelsea bat Barcelone n’entend-t-on pas qu’ils ont contrecarré le plan Blaugrana plutôt que de jouer ? L’Espagne fait déraper les autres sélections comme Chelsea l’a fait avec le Barça. Une seule différence entre ces deux équipes, l’une s’appuie sur son attaque et l’autre sur sa défense mais le principe reste le même : se reposer sur sa force pour maitriser la partie. Pour preuve, Chelsea fut raillé pour son inclination à ne faire que défendre et pourtant l’Espagne est aussi un monstre défensif (aucun but encaissé en phase finale durant l’euro 2008, 2012 et la coupe du monde 2010).

Le milieu de terrain fait donc figure de lieu où se joue le match. La Roja remporte toujours cette bataille et Del Bosque met tout en œuvre pour que ça reste le cas. Le choix de titulariser Fabregas au poste de numéro 9 s’est donc imposé. Le Catalan est la meilleure option pour dominer l’adversaire. Torres, Negredo ou Llorente auraient été plus dangereux devant le but mais moins précieux dans le collectif. Et je tiens à mettre une chose au clair : non, Fabregas n’a pas joué comme un “faux 9″, il présentait seulement l’avantage d’assurer un minimum de pertes de balle.

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