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La Bête chasse l’Éclair

Mercredi 04 juillet 2012

par matlefevre

Retour sur le parcours de Yohan Blake, nouveau phénomène du sprint jamaïcain.

La Bête chasse l’Éclair

Il y avait « l’Éclair », il y a maintenant « La Bête ». A l’occasion des sélections jamaïcaines pour les Jeux Olympiques de Londres, Yohan Blake a fait parler de lui en redistribuant les cartes du sprint jamaïcain. Retour sur une ascension fulgurante.

Des débuts qui annoncent la couleur

La Jamaïque se divise en 14 paroisses. Blake est originaire de Saint-James, pas très éloignée de la paroisse de Trelawny, lieu de naissance des Usain Bolt, Michael Frater ou Veronica Campbell. Peu importe, la spécialité est la même : le sprint. C’est en 2006 que Yohan Blake va connaître sa première expérience du haut niveau en participant aux Championnats du Monde juniors à Pékin. Âgé de 16 ans, il va courir la ligne droite en 10s42 et obtenir la médialle de bronze. Un an plus tard, il améliore son chrono et atteint 10s11, nouveau record national junior.

Pour un sprinteur, descendre sous la barre des 10 secondes correspond à un cap important. Proche de ses 20 ans, il y parvient à Rome en terminant troisième d’une course, derrière Tyson Gay et Asafa Powell, autre figure emblématique du sprint jamaïcain. 9s96 : Blake est le plus jeune sprinteur à passer sous les 10 secondes.

Montée en puissance

Alors qu’il commence à améliorer son chrono au fur et à mesure des courses, Yohan Blake est contrôlé positif à un produit stimulant lors du championnat national de Jamaïque. Suspendu trois mois, il ne peut pas participer aux Championnats du Monde et regarde les performances phénoménales et les records du monde de Usain Bolt sur 100 et 200m. De retour à la compétition en 2010, Blake va continuer sa progression en enchainant 9s91 et 9s89, respectivement aux meetings de Paris et de Londres.

2011, son année

Toujours dans l’ombre d’Usain Bolt, il poursuit son ascension sans faire de bruit. Mais les observateurs commencent à parler de lui comme le futur du sprint jamaïcain et une nouvelle concurrence pour Usain Bolt. Un homme est au centre de ce duel qui va passionner de plus en plus le public : Glenn Mills, leur entraineur. C’est à lui aussi que l’on doit leurs performances car retrouver ces deux sprinteurs sur les podiums n’est pas anodin. Les Championnats du Monde à Daegu vont être le symbole de cette nouvelle ère. Usain Bolt en est le principal initiateur : car en tant que grandissime favori, il va réaliser un faux-départ. Stupeur dans le stade, Bolt enlève son maillot, n’y croit pas…

Et pendant ce temps-là, Blake reste concentré : il sait que le moment est venu pour lui de saisir sa chance. Et il ne va pas la laisser passer en devenant le plus jeune champion du monde de l’histoire (9s92). Mais le plus marquant après cette victoire reste son interview, pleine de respect envers son partenaire d’entraînement et ami : “Je ne peux pas trouver les mots. Je suis resté calme pour rattraper Collins. Je sentais que j’allais gagner pour Bolt”. Cette déclaration prouve aussi à quel point Bolt a encore l’avantage psychologique sur ses adversaires à l’époque. Mais plus pour très longtemps…

2012, l’année du changement ?

Fin 2011, Blake fait sensation sur 200m en réalisant le deuxième chrono de tous les temps (19s26) derrière les 19s19 de Bolt. Pour “l’Eclair”, la menace se rapproche sur sa course de prédilection. Début 2012, les deux sprinteurs se répondent coup pour coup en réalisant les meilleures performances mondiales de l’année. Mais le moment que tout le monde attendait a eu lieu il y a quelques jours. Un mois avant les Jeux Olympiques, les sélections jamaïcaines étaient l’occasion de marquer les esprits. Et Blake s’en est chargé.

Sur 100m, il a profité du mauvais départ d’Usain Bolt pour dérouler et creuser l’écart dans la deuxième partie de la course (9s75 MPM contre 9s86). Une première surprise à Kingston et une satisfaction pour le jeune sprinteur qui a couru pour la première fois en 9s7 : « Je suis sur la lune. Usain Bolt m’a motivé, m’a dit que je pouvais le faire, c’est un rêve pour moi, je suis sans voix. » C’est aussi une réponse aux critiques qui le considéraient comme un champion du monde par défaut.

Bolt avait l’occasion de prendre sa revanche sur 200m mais Blake a une nouvelle fois pris le dessus. Même s’il ne l’a emporté que de trois petits centièmes (19s80 contre 19s83), cette deuxième victoire est symbolique à tout point de vue. Bolt n’avait pas perdu un 200m depuis cinq ans, soit une éternité. Et gagner à deux reprises face au sprinteur de ces dernières années n’est pas chose commune.

Blake a donc pris l’avantage à un mois des JO mais, au final, cela pourrait profiter à Bolt : moins de pression sur lui désormais et un Blake qui sera attendu au tournant à Londres… Voilà qui promet un beau duel, sans oublier les Américains Tyson Gay et Justin Gatlin. Bolt ne s’affole pas, il sait qu’il faut être prêt le jour J : « Je me sens bien. Perdre, ça peut arriver. Ça permet de voir ce qui ne va pas. Je suis content : je sais où j’en suis et ce que j’ai besoin de faire. Je suis prêt à retourner dans la jungle. » Blake évite lui de s’enflammer et relativise, comme pour éviter d’accepter cette nouvelle donne : « Je sais de quoi Usain est capable, il n’était pas à 100%. C’est pourquoi je vais travailler et essayer de garder la même forme. »

Tout semble aller parfaitement pour les deux sprinteurs. Reste à savoir sur quelles distances ils s’aligneront à Londres. Usain Bolt n’est plus le grand favori, tant mieux pour le spectacle.

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